La synthétisation arbitraire des émotions

 


« Quel mot pour quelle émotion ? »



Qu’est-ce qu’une émotion ? Est-ce une réaction de l’esprit devant produire de la joie, de la peine ou de l’indifférence ? L’indifférence est-elle une émotion ? Est-elle toujours le travail de l’esprit ou est-elle parfois le résultat du travail du corps ? Peut-on observer une émotion ? La dessiner, la peindre, la chanter ? Peut-on trouver son origine ? Qu’est-ce qui génère une émotion ? Est-ce forcément un stimulus transitant par nos sens physiques ?



Les émotions principales ou principaux domaines émotionnels:


Il y a beaucoup à dire sur les principaux domaines émotionnels et donc beaucoup de choses ont été écrites sur le sujet.


Descartes identifie six émotions primaires :


-    Admiration (ce qui équivaut à notre époque à la sidération, la stupéfaction, l'étonnement, la surprise.)
-    Amour.
-    Haine.
-    Désir.
-    Joie.
-    Tristesse.


Ekman identifie six émotions de base :


-    Joie.
-    Tristesse.
-    Dégout.
-    Peur.
-    Colère.
-    Surprise.


Schwartz et Shaver identifient six domaines émotionnels :


-    Amour.
-    Joie.
-    Surprise.
-    Colère.
-    Tristesse.
-    Peur.


Les domaines émotionnels principaux sont riches de submodalités ou sous-domaines ou encore émotions secondaires.


-    Amour :


o    Aspiration.
o    Excitation, désir, luxure, passion, engouement.
o    Adoration, affection, amour, tendresse, attraction, compassion, sentimentalité.


-    Joie :


o    Soulagement.
o    Assujettissement, ravissement.
o    Contentement, plaisir.
o    Enthousiasme, zèle, entrain, excitation, frisson.
o    Amusement, félicité, allégresse, gaieté, bonne humeur, joie, jubilation, élection, satisfaction, euphorie, jovialité, réjouissance.


-    Surprise :


o    Etonnement, surprise, stupéfaction


-    Colère :


o    Tourment.
o    Envie, jalousie.
o    Dégout, révulsion, mépris.
o    Colère, rage, hostilité, férocité, haine, amertume, aigreur, aversion, répugnance, ressentiment, rancune.
o    Exaspération, frustration
o    Irritation, agitation, contrariété, mauvaise humeur.


-    Tristesse :


o    Pitié, sympathie.
o    Aliénation, isolement, solitude, défaite, insécurité, humiliation, embarras, nostalgie.
o    Culpabilité, remords, regret.
o    Déception, déplaisir, consternation.
o    Dépression, désespoir, tristesse, morosité, maussaderie, mélancolie, peine, affliction.
o    Agonie, Souffrance, angoisse, douleur.


-    Peur :


o    Alarme, choc, peur, frayeur, horreur, terreur, panique, hystérie.
o    Anxiété, nervosité, tension, malaise, appréhension, souci, crainte.


Tous les domaines émotionnels principaux ont de nombreux sous-domaines, sauf la surprise…


Comment utiliser ce magma émotionnel ? Voyons d’abord ce que sont d’après chacun moi ces émotions principales ? Je dois être capable de calibrer mes émotions tout comme la pression de mes doigts.



L’exercice commence...


Et pourra (ou pas) être renouvelé dans le futur pour mettre à jour les sentis et les ressentis.

Qu’est-ce que l’amour ?


Pour certains c’est une émotion, au sommet de la pyramide des émotions, le best-of, les portes du Nirvana, le gout du paradis… Pour d’autres c’est une onde, une énergie, physique, une matière… Ou bien, une capacité empathique, solidaire, viscérale, à ressentir ce soulagement, cette berceuse de l’âme, et la nécessité vitale de la partager.


C'est-à-dire, à la fois cette sensation (le senti) comme un souvenir archétypal et en même temps cette rem mémorisation (le ressenti) qui aspire à accorder les âmes voisines au diapason du bonheur.
L’amour peut-être vu comme un moyen, un véhicule, une action. Un moyen d’atteindre ses objectifs, mais est-ce encore de l’amour ?


Un véhicule protecteur où l’esprit matérialise l’amour à des fins personnelles. Un chemin sur les traces de, une voie rassurante, un destin. Mais est-ce encore de l’amour ?


Il y a l’amour comme capacité à s’oublier soi-même au profit des autres, se donner, se sacrifier, se saigner, se coltiner untel, se taire, être un martyr. Mais est-ce encore de l’amour ?


Et puis l’amour intime. Eprouver de l’amour plus fort pour quelqu’un qui nous est particulier, par ce qu’il est, ce qu’il apporte, pour le rôle de cet amour face à la société. Cet amour qui transforme l’individu en moitié, accentuant son incomplétude, comme un abandon total de lui-même et du monde.


L’homme est bien seul face à la mort.


L’amour physique comme une fusion métaphysique, exutoire, lieux de convenues et de doute total. Action compulsive primale en transe extatique.


Il y a l’amour des choses, cette capacité à surcharger son âme pour empêcher qu’elle s’envolât de toute éternité. L’amour des bagnoles, du sport, du travail, l’amour du pouvoir, l’amour des idées, l’amour de l’amour.


Mais qu’est-ce que l’amour ?


Il est beaucoup plus riche que ses racines, qu’elles soient latines, grecques ou chinoises. Il est, tout comme l’esprit, quelque chose à part, il est à la fois le lieu, la forme et le but.


Peut-être qu’en explorant les autres émotions principales comprendrons-nous mieux ce qu’est l’amour ?



Qu’est-ce que la joie ?


Est-ce un sentiment d’allégresse ? L’expression du plaisir ?


La joie est pétillante, vivante, elle sent bon le temps non observé. Elle est physique et pourtant détachée, impersonnelle. Elle circule entre les êtres, dealant aux mérites ses molécules enivrantes. Génératrice d’énergie elle propulse la pensée qui surfe sur la vague de l’action. Comme un gommage aux noyaux d’abricots, elle à le gout de la confiance et étête les doutes.


Parfois elle fait peur, elle donne le vertige, elle fait vomir, pleurer, courir. Pire, exclusive, elle supprime les sens et déconnecte les reflexes reptiliens. Elle peut-être aussi cruelle, mortifiante, malsaine.
Elle est comme le signal subjectif d’un état interne agréable, recherché, convoité.


Elle sent bon, elle à du gout, elle est souvent légère, toujours active bien qu’elle soit souvent le fruit d’une réaction.



Qu’est-ce que la surprise ?


C’est une émotion à part, détachée de la conscience, profondément ancrée dans l’instinct de survie, elle se décline en peu d’émotions secondaires et semble être un pivot, un déclencheur d’actions inconscientes car instantanées et fulgurantes.


Avec son air de rien, la surprise, ainsi que les émotions associées, est à la frontière de l’action et de l’émotion, la conscience a disparu et le corps exprime ses urgences.


Elle questionne l’esprit sur ses capacités d’anticipation, de contrôle, de soumission, d’intuition.


Elle asticote le blouson des blasés, clignote au fil des phares en phrases, courtcircuite la raison raisonnée.


Elle est sauvage, ni domesticable, ni domptable, elle appartient à la part animale de l’homme et le réinstalle dans la chair, balayant le ça, le moi et le il.



Qu’est-ce que la colère ?


Elle rend le monde responsable de nos malheurs.


Je n’ai pas envie de parler de colère, pas envie de rentrer dans cette émotion, cette tension limite, comme le dernier surplomb infranchissable.


Avec la colère, nous entamons une descente vers les émotions sombres. Il n’y a plus d’apitoiement conscient, il faut prendre le pouvoir, détruire, soumettre, sauvegarder son individualité, et l’autre qu’il soit dedans ou dehors va devoir payer.


« Qui paie ses dettes s’enrichit » (prov.)


Entrer dans une colère noire, irrationnelle, toujours divisante.


La colère est aussi protectrice, c’est l’organe filtrant les frustrations, incompréhensions et injustices, qu’il stocke dans ses composants corporels préférés. Ses composants sont comme des réservoirs sans robinet, ils explosent quand c’est trop plein, purgeant ainsi le corps des toxines de colère et permettant le renouvellement des contenants.



Qu’est-ce que la tristesse ?


Le deuil, la perte, l’injustice, la fatalité, les condamnations, les déceptions.


La tristesse est peut-être l’émotion la plus vécue, expérimentée. Elle est le lieu de digestion de l’esprit, elle fait le tri des expériences vie et non-vie, de ce qui nous tue et ce qui nous sauve. Elle est un lieu d’apprentissage des émotions, une école de l’analyse des peurs.


Les molécules de la tristesse singent souvent celles de la joie, devenant ainsi un refuge, un outil de recadrage interne.


La tristesse est une émotion très puissante et prend beaucoup de place (si on lui laisse) sur le dos du doute coincé dans ce cul de sac. Elle a deux visages, fausse frontière, faux passage, elle devient maitresse de nos faiblesses et nous laisse seul à la fesse du monde.


Elle nait aussi du jus des expériences pour devenir une archive de frustration et de compassion. La tristesse est certainement une des émotions les plus intéressante à explorer, car elle nous révèle beaucoup et plus encore.


Qu’est-ce que la peur ?


Elle fait trembler, elle tétanise, elle suffoque.


La peur nous prend aux tripes, elle nous coupe les jambes, elle est mortelle. Elle est irrationnelle, incapacitante, sidérante, traumatique.


Elle est aussi instinctive, protectrice, urgentiste.


La peur est le produit non pas du questionnement, elle est le produit des réponses, des constructions mentales pessimistes, fatalistes, prophétiques. La peur se transmet, elle s’entretien, s’auto alimente.

Elle tend à sa propre réalisation, au travers d’une naissance au monde physique, une matérialisation contextuelle ou encore somatique.


Hormis son utilité primale, instinctive et salvatrice, la peur est probablement l’émotion inévitable à dépasser, à sublimer, à dissoudre. Car si l’esprit veut se libérer pour être dans la joie ou l’amour, il doit considérer la peur comme son pire ennemi (avec les certitudes).



Les certitudes ? (Qui ne sont pas des émotions)


Les certitudes ne sont pas l’opposé des doute, ni le contraire, elles sont comme des clous qui canalisent l’énergie de la pensée et la dirigent vers les déjà-vus et les associations d’évidences. Ce processus  empêche l’attention par son existence même et par effet causal entraine une cécité partielle de la conscience trop occupée à se féliciter d’être autant intelligente.
Les certitudes nous enseignent la suffisance, l’intolérance, la hauteur, elles nous apprennent à « maîtriser » le vide de la conscience, elles nous enferment dans des simplifications réconfortantes.
Alors, il y a ceux qui savent, ceux qui cherchent à savoir, ceux qui savent qu’ils cherchent, ceux qui ne cherchent pas à savoir, ceux qui ne savent pas, ceux qui ne cherchent pas.
Les certitudes déforment le temps et l’espace pour l’assembler de façon raisonnable, acceptable.



Les Emotions Synthétisées


Pour certains il n’y a que deux émotions fondamentales, l’amour et la peur…

Toutes les autres émotions ne seraient que les submodalités de celles-ci.


Nous pourrions allez un cran plus loin en considérant qu’il n’y a qu’une seule émotion, l’amour avec ses différentes colorations et que la peur est une absence d’émotion.

Dans ce cas, l’amour rassure, rempli tout et quand il n’est pas là c’est autre chose plus proche du vide.



En pratique :


La synthétisation arbitraire des émotions sert à calibrer nos propres états internes, c’est un travail d’auto-analyse et de re-calibrage que je crois nécessaire à chacun pour permettre de mettre les mots justes (à ce moment-là) sur l’écho des expériences passées. Qu’est-ce que je ressens ?

 

"Les mots de mes maux sont-ils mes mots ?"

 

F.I.