La synthétisation arbitraire des ratés

 


« Quelles sont mes lacunes et comment y remédier ? »



En tant que psychothérapeute, spécialiste des choses de l’esprit, je devrai théoriquement avoir les capacités d’analyse, de détachement, d’empathie, une certaine vivacité d’esprit et outre les connaissances liées à la pratique de la profession (ou le port du titre aujourd’hui) être capable de répondre, de guider et d’accompagner tous types de personnes.


Tous types de personnes, pourvu que ce soit leur décision personnelle qui motive leur démarche thérapeutique.


Pourtant, il y a des ratés. No body’s perfect. Et, en regardant ces ratés du point de vue de ma responsabilité, qu’observ’je ? Et dans quel cas ?


C’est moi « l’expert », moi qui suis censé répondre aux questionnements de façon satisfaisante, puisque j’ai accepté ce rendez-vous. En effet, j’aurai bien pu détecter, ressentir une situation hors de mon domaine et lui signaler l’inutilité de cet entretien. Où donc ais-je merdé ? Quelle est ma part d’erreur dans cette affaire ? La mise en évidence de ma part d’erreur me permettra-t-elle d’observer les schémas redondants pour les repérer plus vite et peut-être trouver de meilleures réponses ?



L’exercice commence...



1)    La thérapie qui s’interrompt très vite, dés la première, deuxième ou troisième consultation.



a)    Méfiant, semble venir en se disant que cela ne sert absolument à rien. Vient parfois sur l’insistance d’un tiers, il se détecte rapidement, les entretiens sont pénibles et le discours n’avance pas. A noter une redondante faible culture générale.



Qu’est-ce que j’en pense ? : Le méfiant est terrifiant, on se le dit « ça va être dur », N’y a-t-il pas une par de réflexion, de mimétisme, c’est comme s’il était surpuissant et que sa seule présence annihilait tout le sens. Je ne suis pas protégé contre ce type d’attaque environnementale, puisque sa seule présence, son rayonnement psychique brouille les échanges électrochimiques de mon propre cerveau.

L'erreur : Mal protégé, trop sensible sur ce plan.

La solution :
Un antidote, car un bouclier c’est trop lourd, un parapluie c’est dangereux et dehors il fait beau (donc je ne cherche pas un abri). Quel antidote ? Je ne sais pas encore, il se prépare certainement d’une manière subtile et secrète dans les laboratoires de mon esprit.



b)    Curieux, semble venir pour s’occuper, pour agrandir sa collection d’expériences, n’est souvent pas honnête vis-à-vis du thérapeute et de la thérapie.



Qu’est-ce que j’en pense ? : Il est détaché, parfois même pas là, surfant sur son dialogue intérieur, il ment ouvertement, il est couard. Il donne le minimum d’information, parfois même tout va bien.


L'erreur : Etre une curiosité (surtout l’hypnose).


La solution : Rester une curiosité.


2)    La thérapie qui se prolonge sans trouver de mieux être vis-à-vis de la demande principale.



a)    Condamné, veut sincèrement trouver des solutions, mais le trouble dont il souffre reste inaccessible.

 

Qu’est-ce que j’en pense ? : Il présente souvent des symptômes physiques puissants, longuement et fortement ancrés. Une autre fois il est victime d’une puissante prophétie ou auto-prophétie, ou encore il est attaché de façon identitaire à son trouble et bien qu’il trouve de réels bénéfices à la thérapie, son trouble reste intact, vierge, bien à l’abri.

L'erreur : Je n’ai certainement pas compris, donc j’ai été mauvais. Si quelque part, il protège son trouble profondément, cela montre mon incapacité à poser des charges de dynamite, à creuser d’une façon plus offensive que protectrice et bienveillante.

La solution : Apprendre à poser des charges explosives.



b)    Fâché, il vient pour comprendre, il s’en veut tellement qu’il préfère attendre un miracle plutôt que de suivre les pistes et les évidences mises à jour lors de la thérapie.



Qu’est-ce que j’en pense ? : Souvent très intelligent, cultivé, charmant, généralement peu de symptômes physiques sinon le manque d’entrain. Il a souvent de l’humour, un peu plus que les autres, souvent désabusé, avec des sentiments contradictoires profonds. Il est comme sidéré, il a tous les éléments pour résoudre ses propres conflits et ne réagit pas. C’est comme s’il attendait quelque chose de plus, un peu de magie, des certitudes, plus de clarté. Il voudrait être absolument sur et au lieu de profiter de cette surprise génératrice d’action, son besoin de certitude crée un nouveau conflit qui le maintien dans cet état normalement transitoire.


L'erreur : Tombé sous le charme, manque de crédibilité éprouvé, manque de créativité ?


La solution : Les surcharger, leur faire péter les plombs, mettre la confusion la plus totale, effacer tous les repères, les projeter au cœur de leurs contradictions et maintenir plus fermement que d’habitude les rennes de ma stratégie thérapeutique. Pour synthétiser : être réactif et contrôler.



c)    Défoncé, il picole avant les consultations, sinon prend trop d’anxiolytiques, de psychotropes, ou toute forme médicamenteuse ou alcaloïde entrainant un état de conscience modifié. Et son inconscient ne semble plus accessible ou peut-être ne peut-il plus prendre conscience de quoi que ce soit (évidemment en écrivant quoi que ce soit j’exagère).



Qu’est-ce que j’en pense ? : Il est attachant, difficile à convaincre, il se dévalorise fortement, entretenant souvent un profond sentiment de culpabilité, qu’il porte par sa faute ou pour expier celle des autres. Il abandonne facilement.

L'erreur : Lui faire confiance, parfois.

La solution : Etre méfiant plus que d’habitude.



d)    Incurable, il a tout essayé, veut sincèrement trouver des solutions, mais le symptôme est trop fort, puissant, douloureux, et le symptôme gagne.



Qu’est-ce que j’en pense ? : Il est supposé tel, incurable, l’empathie est augmenté, bien qu’il trouve des bénéfices à la thérapie, la demande principale reste entière. Il se décourage vite, souvent il n’y croit même pas, et pourtant il insiste.

L'erreur : Trop optimiste.

La solution : Me regarder dans le miroir, un grand de plein pied, vérifier si je suis dans ou à coté de mes pompes et me mettre une tarte si nécessaire. Donc un miroir.

 



Encore une fois, la forme prend le pas sur le fond. En cherchant dans ma patientèle mentale les occurrences signalant le caractère redondant de comportement et en le recoupant avec un paramètre temporel de la thérapie, j’établi une liste de caractères sous forme d’ « adjectif » (méfiant, curieux, condamné, fâché, défoncé, incurable).


Ces « adjectifs » sont nés logiquement en observant d’abords les groupes temporels (durée de la thérapie). In fine, le premier groupe des thérapies avortées pourrait se définir comme le groupe qui ne fait pas de thérapie et le second groupe comme le groupe qui fait une thérapie qui ne fonctionne pas.


La liste, les groupes sont indissociable du penseur, la liste est valable pour tous, par contre la forme de ses composants varie en fonction des individus tout comme les groupes. Il n’y a pas de profil correspondant réellement aux « adjectifs », ils ne sont là que comme support, tremplin. Et en même temps ils sont vrais pour moi car issus de l’interprétation de mes propres expériences.

 


Pour simplifier, le modèle est faux, l’idée est bonne, le modèle peut être vrai pour moi et faux pour les autres. Quoi qu’il en soit voici mon analyse des ratés.


Méfiant :
-    Erreur : mal protégé
-    Solution : un antidote


Curieux :
-    Erreur : être une curiosité
-    Solution : rester une curiosité


Condamné :
-    Erreur : manque d’autorité
-    Solution : apprendre à dynamiter


Fâché :
-    Erreur : sous le charme
-    Solution : être réactif et contrôler


Défoncé :
-    Erreur : faire confiance
-    Solution : méfiance


Incurable :
-    Erreur : trop optimiste
-    Solution : un miroir



J’ai déjà ma synthétisation arbitraire des ratés, ce sont les profils suivants :


-    Méfiant
-    Curieux
-    Condamné
-    Fâché
-    Défoncé
-    Incurable



En pratique :


La synthétisation arbitraire des ratés est très utile dans la pratique, car elle me permet de repérer les « cas » similaires dans la clientèle quotidienne et de prendre la posture adéquate, sans jamais évoquer l’adjectif alloué.


Bien sur, je retrouve ces profils dans des thérapies qui ont « fonctionnées », mais cela est une autre histoire. Ici je m’intéresse aux profils qui me posent le plus souvent les mêmes problèmes.


Ce travail sur les lacunes, les ratés, les erreurs, peut être transposé et adapté à beaucoup de situations, à vos cerveaux partez.

 

F.I.