La synthétisation arbitraire du caca

 

 

« Les problèmes rencontrés par mon frère ou ma sœur peuvent-ils être une source de solution aux miens ? »



Cette question est née suite à la lecture d’un article sur la transplantation fécale paru dans le n° 1057 de Courrier International.


La transplantation fécale apparait comme une solution simple et efficace contre une bactérie (Clostridium Difficile) qui résiste à presque tous les antibiotiques.


Pour le Dr Alex Khoruts, gastroentérologue à la faculté de médecine du Minesota, à Minéapolis, en reconstituant la flore bactérienne du colon, les matières fécales du donneur peuvent stopper l’infection, soit en éliminant l’intrus, soit en produisant des toxines qui le tuent.


Thomas Bovady, Gastroentérologue au centre d’étude des maladies digestives de Five Dock, en Australie, surnommé : « celui qui injecte la merde des gens », a plus de 1500 transplantations fécales à son actif… Selon lui, les meilleurs donneurs sont les frères et sœurs, et notre flore microbienne serait à 80% semblable à celle de notre mère. Il nous dit aussi que « le caca est un zoo », une ménagerie de quelques 25000 sous-espèces de bactéries se nourrit des matières qui passent à travers notre système digestif. L’ensemble forme un gigantesque réseau de cellules interconnectées que certains biologistes considèrent aujourd’hui comme un organe à part entière en raison du nombre de cellules qu’il contient, le plus important du corps humain.


J’arrête ici le plagia de l’article paru dans le New Scientist de Londres et traduit pour courrier international (n° 1057 février 2011).


Ceci est incroyable, la transplantation fécale pratiquée depuis 1958 obtient des résultats spectaculaires, la merde familiale peut soigner, le caca de mon frère est mon ami. Mais c’est du caca, ce qui entraine beaucoup de réticences, de dégout, du coup on s’y intéresse peu, il devient mystérieux.


La synthétisation arbitraire du caca est de la transplantation fécale appliquée en psychothérapie.


Règle arbitraire : il faut au moins un frère ou une sœur, l’axe de la mère étant déjà trop connoté.


C’est quoi le caca de mon frère ? Qu’est-ce qui nous différencie ? Quels sont ses principaux freins ? Qu’est-ce qu’il fait mieux que moi ? Qu’est-ce qui le torture ?


La synthétisation arbitraire du caca nous invite à déplacer l’analyse et à faire sien les manies de l’autres familial.


« Chacun sa merde ! » expression pas très sympathique, n’est-ce pas ?


Nous avons beaucoup de « merdes » en commun avec nos frères et sœurs. Mais si nous ne sommes pas frères et sœurs, quelle est la part de « caca » que nous portons ?


Revenons à la fratrie, ce patrimoine génétique commun, cette éducation commune, croyances, modèles, valeurs, entraine peut-être une intériorisation conflictuelle commune, délivrant différentes facettes d’une même trame résolutoire. Un « karma » familial ?


Voyez-vous où je veux en venir ?


Encore une fois, à ce stade, la synthétisation arbitraire du caca génère plus de questions que de réponses. C’est un axe de travail, à expérimenter, qui nous éclairera certainement et au delà de l’aspect familial. Je lui vois un très bel avenir que les besogneux seront transformer technique, si elle n’existe pas déjà.


On quitte son problème pour chausser celui du frère, de la sœur… Et l’esprit se rééquilibre, se recadre inconsciemment.


En changeant de point de vue !?


N’oublions pas le coté dégoutant du caca, la réticence à adopter le point de vue familial, comme un tabou de régression incestueuse.

 


En pratique :


La synthétisation arbitraire du caca est utile dans environ 20% des consultations, l’expérimentation montre que la synthétisation fonctionne surtout avec ce que nous croyons être les défauts de l’autre (son caca mental) et ce sont les frères et sœurs avec qui l’on « s’entend » le moins qui apportent les meilleurs résultats.

 

F.I.